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Le Combat Ordinaire de Manu Larcenet (Intégrale)

combat-ordinaire-le-integraleRéédition complète du Combat Ordinaire regroupant l’intégralité des 4 tomes.
Marco a quitté Vélizy pour la campagne. Il a quitté son psy parce qu’il trouve qu’il va mieux. Il a quitté son boulot de reporter parce qu’il en a marre de photographier « des cadavres exotiques ou des gens en passe de le devenir ». À part ça, tout va bien. Il a un frère complice (rigolades et gros pétards) qui l’appelle Georges et réciproquement, à cause de John Malkovich qui disait dans Des souris et des hommes : « J’aurai un petit lapin et je l’appellerai Georges, et je le garderai contre mon coeur. » Il a des parents au bord de la mer. Un papa tout ratatiné qui oublie le présent mais se rappelle très bien la couleur de la robe de sa mère le jour de son mariage. Une maman qui s’inquiète pour lui, sa constipation, son avenir et le cancer du poumon qu’il va sûrement choper, comme le fils de Mme Bergerin. Après une virée affectueuse (et éprouvante) chez les parents, il retrouve le silence de sa petite maison dans la verdure, et son chat (baptisé Adolf en raison d’un caractère « affirmé »), qui se fait charcuter par le gros chien d’un sale con de chasseur. À cette occasion, il rencontre Émilie, vétérinaire de son état, et un chouette petit vieux qui ramasse des mûres. Ça lui fait un amour et un ami. Mais voilà que tout se déglingue…

 

La Critique de l’Ogre : 9/10

Vaincre ses démons… C’est l’essence même de cette bande dessinée sur le rapport à soi et au monde, qualifiée par nombre de critiques littéraires comme l’un des chefs-d’œuvre de la BD contemporaine. Et à juste titre : une fois tombé dans cet univers, difficile de lâcher cette histoire remplie de poésie dont on ne ressort pas indemne. L’édition intégrale dont je parle dans cet article regroupe les quatre tomes de la série, chacun étant axé sur une thématique forte, leur donnant ainsi un charme et une atmosphère propre.

Le premier tome, éponyme, évoque dans le cadre de la rencontre d’un voisin de Marco plutôt énigmatique des thèmes comme le rapport au passé, la culpabilité et le besoin de pardon pour pouvoir avancer. Les Quantités Négligeables (celui que j’ai préféré), sous fond de crise chez les amis dockers du héros, aborde des thèmes plus sociétaux, l’impact des origines sociales, ainsi que les (fausses) valeurs transmises par notre société individualiste. Le troisième tome, Ce Qui Est Précieux, tourne quant à lui autour de la paternité au sens large (être enfant et être parent). Le dernier, Planter des Clous, pose des questions sur notre rapport au monde, l’importance de se construire en restant soi-même, les interrogations sur un avenir à inventer, avec un passage de témoin entre ancienne et nouvelle génération. Enfin, en toile de fond de ces différentes parties, c’est l’histoire d’amour entre Marco et Émilie qui nous est comptée à travers toutes les phases du couple, mettant notre héros dépressif et angoissé face à ses démons.

Si au premier abord, l’histoire semble lourde et sombre, Manu Larcenet arrive brillamment à nous embarquer dans une grande poésie et nous touche en plein cœur avec ce  héros un peu cabossé, torturé, tentant tant bien que mal d’avancer dans sa vie. La réussite de l’auteur est de nous dépeindre cette histoire avec un humour empreint d’une certaine gravité, une sorte de gaieté mélancolique qui tranche résolument d’autres œuvres traitant de ces sujets…

Le dessin étonnant et atypique apporte beaucoup à la sensation de poésie qui se dégage de cette œuvre. Très maîtrisé, il fait parfaitement passer les émotions des personnages malgré les traits légèrement exagérés des protagonistes, et notamment du héros. Il faut ajouter à cela un sens de la mise en scène évident qui se dégage notamment lors de nombreuses scènes dépourvues de dialogues, mais d’une grande intensité.

Tous les sujets y sont abordés : la société, notre rapport au monde en pleine mutation, l’art, le couple, la famille… Toutes ces petites choses qui composent notre vie et dans lesquelles chacun pourra se reconnaître. Car ici, il n’y a pas d’histoire extraordinaire, de péripétie rocambolesque ou de suspense insoutenable. Nous suivons simplement Marco, ce photographe angoissé, à travers des grandes étapes de sa vie qui lui permettent de se construire en tant qu’homme. Et l’on comprend alors que la construction personnelle n’est pas l’apanage de l’adolescence, mais est, bien au contraire, un travail de tous les jours lors des différentes étapes de la vie et face aux événements qui jalonnent notre route. Car tout comme la société, l’Homme change et évolue tout au long de sa vie.

 

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