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Karoo de Steve Tesich

Égoïste et cynique, Saul Karoo ment comme il respire et noie ses névroses familiales dans la vodka. Son métier, script doctor, consiste à dénaturer des chefs-d’œuvre pour les aligner sur les canons hollywoodiens. Quand sa carrière croise celle de Leila Millar, une jeune actrice médiocre, il décide contre toute attente de la prendre sous son aile. Car ils sont liés par un secret inavouable…

 

La Critique de l’Ogre : 8/10

Déglingué, désopilant, acerbe, nihiliste… Autant d’adjectifs caractérisant Saul Karoo, dont le livre de Steve Tesich se trouve être un simulacre de journal intime, nous dévoilant les pensées et les réflexions les plus profondes de ce riche consultant quinquagénaire en scénarios de films hollywoodiens. Alcoolique notoire, il se retrouve soudainement dans l’incapacité de se saouler, et ce, malgré les quantités d’alcool ingérées.

L’inaptitude de cet antihéros cynique à perdre ainsi le contrôle par l’alcool lors des soirées mondaines va alors le pousser à compenser avec une surdose d’analyse de l’absurdité du monde qui l’entoure. Se refusant de plus à assumer la moindre intimité, même avec son fils en manque d’amour paternel, ne pouvant s’empêcher de donner son opinion en toute occasion, il va pourtant soudainement décider de se racheter lorsqu’une coïncidence incroyable venue de son passé lui éclate au visage.

L’histoire est ingénieuse, bien ficelée, et réserve son lot d’événements inattendus et marquants. Mais aussi et surtout, Karoo se révèle être l’archétype du personnage que l’on aime détester : derrière le masque qu’il se plaît à afficher au reste du monde, on découvre un homme perdu dans ses propres pensées et son monde intérieur, allant jusqu’à refuser d’accepter des évidences qui semblent acquises au lecteur, événements pourtant décrits à travers le point de vue de Karoo lui-même. On finit ainsi par développer une certaine pitié attachante pour ce héros abîmé.

Les dernières pages sont psychédéliques et m’ont laissé un peu sur ma faim, je dois l’avouer. Quelquefois, un trop-plein d’analyse de certaines situations m’a aussi semblé alourdir la narration. Mais globalement et malgré ces quelques réserves, j’ai dévoré ce livre en seulement quelques jours. Une œuvre à la fois cynique et corrosive, intelligente et désabusée.

Terminé seulement quelques jours avant la mort de Steve Tesich en 1996, Karoo est un baroud d’honneur d’une grande modernité et rend hommage de la plus belle des façons à son auteur.

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